Alkhan-Kala, envoyée spéciale.
Dans la cour de l'hôpital d'Alkhan-Kala, la neige est rouge de sang. A la faveur de la nuit, quelque 2 000 combattants sont à nouveau sortis de Grozny avec leurs blessés, leurs morts. Des brancards sont posés à même le sol. Cinq cadavres gisent sur le dos, le visage recouvert par des draps sales. Parmi eux, le corps d'Aslambek Ismaïlov, commandant chargé de la défense de la capitale. De temps à autre, l'un de ses soldats vient tirer le coin du linceul, contemple quelques secondes le visage glacé ou s'agenouille pour une rapide prière.
Le village est transi par la peur. Depuis lundi soir, le flot des indépendantistes quittant Grozny ne tarit pas. Et les obus russes pleuvent sans arrêt. Au bazar, si animé trois jours auparavant, il n'y a ce matin que trois femmes devant leurs étals. «Il faut bien qu'il y ait quelque chose à manger pour ceux qui n'ont rien», dit l'une d'elle en souriant tristement. Rouslan Guelaïev, le commandant en chef du secteur ouest, est arrivé dans la nuit avec les siens. Mais, dans leur retraite, les pertes ont été énormes. «Elles sont colossales, des deux côtés», reconnaît Zelimkhan, un combattant de 30 ans. «Le corridor que nous empruntons est un vrai guet-apens. Les Russes savaient que nous allions sortir. Ils avaient tout miné. Je ne compte plus les miens qui ont perdu une jambe.»
Accord secret? La majorité des blessés acheminés vers l'hôpital d'Alkhan- Kala souffre de blessures aux membres inférieurs. Ils sont plus d'une




