A l'occasion du coup d'Etat de Noël en Côte-d'Ivoire, la politique
africaine de la France est tombée dans le «domaine partagé» entre l'Elysée et Matignon, à l'avantage du gouvernement. Celui-ci a été hostile à toute intervention militaire au secours du président Henri Konan Bédié, ainsi chassé du pouvoir par une mutinerie. La crise dans l'un des pays phares de la présence française sur le continent a accompli, à la faveur de la troisième cohabitation, ce que ni Jacques Chirac ni Edouard Balladur n'avaient obtenu de François Mitterrand: la politique africaine cesse d'être l'impénétrable chasse gardée de l'Elysée à l'intérieur même du «domaine réservé» qu'a traditionnellement été, sous la Ve République, la politique étrangère de la France. Jacques Chirac, en vacances au Maroc, et Lionel Jospin, en Egypte, se sont parlé trois fois au téléphone, à des moments clés de l'évolution du putsch en Côte-d'Ivoire: d'abord, pour décider l'envoi à Abidjan de deux hélicoptères et d'une quarantaine d'hommes depuis la base militaire française à Libreville; ensuite, pour convenir du «prépositionnement» à Dakar de 300 légionnaires du 2e REP en vue d'une éventuelle évacuation des quelque 20 000 expatriés français en Côte-d'Ivoire; enfin, pour approuver d'un commun accord le départ, à bord d'un hélicoptère français, du président Bédié.
«Accroché à son portable». Tampon diplomatique de la cohabitation, Hubert Védrine a été six fois en ligne avec Jacques Chirac. Lequel a été appelé deux fois par so




