Quand en 1976, Daoud El Khadir a disparu du monde des vivants, il ne
connaissait que la télévision en noir et blanc et pas l'ordinateur. Il avait laissé derrière lui «deux blocs, l'URSS, l'Amérique et la guerre froide». Seize ans plus tard, survivant que sa propre mère n'a pas reconnu avant qu'il lui montre une cicatrice d'enfant, il a dû, entre suivis psychique et médical, «s'accrocher, lire et écouter beaucoup pour se mettre à jour». «Je n'en revenais pas quand on m'a dit qu'on était passé à côté d'un conflit mondial avec l'Irak.» Entretemps, Daoud fut l'un de ces «disparus» sahraouis qu'Amnesty évalue encore à 500, mais que Rabat refuse de comptabiliser, évoquant la situation de guerre au Sahara occidental.
Pour Daoud, tout a commencé une nuit de mars 1976 à Agadir quand trois hommes en civil fracassent sa porte. Bandeau sur les yeux il le gardera six mois , mains menottées derrière le dos, il est emmené dans un commissariat de police de la ville où «on le met avec les isolés»: quatre autres Sahraouis, dont son frère arrêté la veille. Daoud a 22 ans. C'est le temps du premier passage à tabac. «Juste pour établir une fiche de renseignements», avant de partir pour un long voyage en voiture. Il apprendra plus tard qu'il est désormais au centre Derb Moulay Cherif de Casablanca.
«Quand les yeux ne servent plus, on commence à voir avec les oreilles.» Les portes des cellules qui claquent disent le nombre de détenus. Rasé, Daoud «doit oublier son nom et ne répondre que si on app




