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«Parfois, je me sens très méchant». Un enfant traumatisé réfugié en Ingouchie.

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Publié le 29/02/2000 à 22h32

Ingouchie, envoyé spécial.

Les femmes tchétchènes réfugiées du camp Spoutnik se sont levées vers cinq heures du matin, elles sont sorties de leur tente collective, ont payé dix roubles pour monter dans un bus pourri qui les a emmenées en Ingouchie où, comme en Tchétchénie, pousse le tchéremcha. Quand le printemps approche, ces légumes sauvages bourrés de vitamines sont les meilleurs antidépresseurs qui soient pour les réfugiés tchétchènes coupés de leurs racines depuis des mois. Le fait de cueillir, de cuisiner et de manger du tchéremcha leur donne ce que toute l'aide humanitaire du monde ne leur donnera jamais: l'impression de vivre, quelques instants, une vie normale.

La guerre n'en finit pas, les jours s'allongent et les réfugiés des camps comme Spoutnik connaissent aujourd'hui les séquelles d'un temps qui fait du surplace, d'une vie d'exception qui vire à la normalité, d'un avenir grevé d'incertitudes. D'abord, il y a les séquelles des atrocités, des bombardements, des deuils. Les cauchemars, les insomnies, les maladies de peau d'origine psychosomatique sont légion.

Agressivité. Ousman est un enfant de ce camp immense aux alignements et couleurs militaires. Il vit dans une de ces grandes tentes surpeuplées avec son père et ses frères. Sa mère? Il n'en parle pas. Rosa, psychologue tchétchène qui travaille dans l'une des deux tentes de Médecins du monde (MDM), aura mis des semaines à apprendre de la bouche d'Ousman, 12 ans, que sa mère est morte sous les bombes.

Très tôt, MDM

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