Anadyr, envoyé spécial.
Aucun portrait du candidat Poutine ne vient orner, voire égayer les mornes rues glacées d'Anadyr, la capitale de la Tchoukotka. Il y a trois mois, on ne voyait pas non plus sur les murs la tronche de gosse mal rasé du candidat Abramovitch qui, le 19 décembre, a été élu député de la région lors des législatives. Il fut même le premier député à être élu, en raison du décalage horaire (neuf heures avec Moscou, à 7 000 km de là): bordant le détroit de Bering, la Tchoukotka est la région la plus à l'est de la Russie. Roman Abramovitch est un «oligarque» qui, comme son ami Boris Berezovski, a fait fortune dans le charivari des privatisations, de façon plus ou moins douteuse ou astucieuse. A peu près à lui seul, Abramovitch possède le puissant groupe pétrolier Sibneft.
Ces dernières semaines, Berezovski et lui, par un tour de passe-passe, ont mis la main sur l'essentiel du marché de l'aluminium sans que le Kremlin ne hausse un sourcil. Tous deux étaient amis de la «famille» Eltsine et ont participé au scénario visant à pousser le vieux président imprévisible vers la retraite et à propulser Poutine. Le locataire du Kremlin change, les «oligarques» restent. Et s'ils ne soutiennent pas tous la candidature Poutine avec ostentation comme ceux, nombreux, qui ne veulent pas rater le train du pouvoir, ils ne s'y opposent nullement. La plupart ne cachent pas qu'ils voteront pour lui: Anatoli Tchoubaïs (patron de l'électricité), Rem Viakhirev (patron du géant gazier Ga




