République des Komis(Russie), envoyé spécial.
La neige épaisse atténue la pente qui descend vers la rivière Ijma, gelée, toute blanche. Devant la grange attenante à la maison en bois qui surplombe la vallée, le cheval noir attend qu'on l'attelle au traîneau. Le printemps est court et tardif à Gamé, hameau de Mokhtche, village de quelques centaines d'âmes au nord de la Russie, dans la république des Komis.
Les Komis sont un peuple d'origine et de langue finno-ougrienne, et Mikhaïl Grigorevitch Rotchev est komi. Quand il parle en russe, il est volubile. En langue komie, plus encore. Rejeton de la Russie profonde, Rotchev n'est pas un «nouveau Russe», mais il a choisi, sciemment, une vie nouvelle: paysan indépendant.
«Vivre par moi-même.» Il est né ici, au village, en 1962. Son père, éleveur de rennes, vivait neuf mois sur douze dans la toundra avec le troupeau. Il y est mort, seul, «on a retrouvé son corps, mais les rennes avaient disparu». Mikhaïl avait 10 ans. Restée au village, sa mère s'est occupée de lui, de son frère aîné et de la vache deux autres frères étaient morts, enfants, dans la toundra. Mikhaïl a fini «l'école de huit classes»(l'équivalent de notre certificat d'études), puis, sa mère étant malade, il lui a fallu entrer à Mokhtchemski, l'unique kolkhoze du village, suivant en cela l'exemple de son frère aîné. C'est au kolkhoze qu'il a connu sa future femme. Ils ont aujourd'hui deux enfants scolarisés, un garçon de 8 ans, une fille de 15 ans, «elle nous aide beauc




