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Libération
Reportage

Le désastre éthiopien des kolkhozes du désert

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Créées en 1975, les fermes d’Etat n’ont pas rempli leur rôle de prévention des catastrophes alimentaires.

ParStephen Smith
envoyé spécial à Godé (Ethiopie)
Publié le 22/04/2000 à 23h53

Il est la mémoire vivante des catastrophes qui ont frappé l’Ethiopie depuis quinze ans. Cheveux gris en brosse sur un visage buriné par le soleil, John James, agronome de 75 ans et anglais jusqu’au bout des ongles, s’était porté volontaire lors de la grande famine de 1984-1985, coordonnant à Addis-Abeba Band Aid, l’élan de solidarité internationale sous la houlette du chanteur Bob Geldof. En 1992, un an après la chute de la dictature du «Négus rouge» Mengistu Hailé Mariam, il a commencé à travailler, pour le compte du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), sur une ancienne ferme d’Etat aux abords de Godé, aujourd’hui l’épicentre de la crise alimentaire dans l’Ogaden. «Je ne vais pas vous raconter des histoires: c’est un échec, explique-t-il, mais quand je pense à toutes les vies que nous aurions pu sauver cette année en réussissant, j’ai encore plus envie de me battre qu’auparavant.»

L'histoire de la ferme d'Etat est le récit d'une prévention de désastre qui n'a pas eu lieu. Tout commence avec une grande famine. Celle de 1973-1974, qui aura raison de l'Empire de Hailé Sélassié, est d'ailleurs la référence cataclysmique dans l'Ogaden, bien plus que celle de 1984-1985, qui a surtout affecté les hauts plateaux du Nord. Le «roi des rois» étranglé dans son lit, les marxistes du comité révolutionnaire (Derg) décident, en 1975, d'implanter de grandes fermes d'Etat aux quatre coins du pays, et notamment dans l'Ogaden, travaillé par des tentations sécessionnistes. L

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