Genève de notre correspondant
«L'héroïne est pure ici, pas comme dans la rue, où les dealers la coupent avec de la rouille de batterie, des poudres diverses et n'importe quelle autre saloperie!», explique Luis (1). Avant de pousser la porte du programme d'expérimentation de prescription de stupéfiants (Peps) à Genève, Luis avait failli perdre une jambe après une gangrène osseuse, suite à une prise d'héro «méchamment coupée». Dans le local du Peps, 47 toxicomanes viennent trois fois par jour, certains en trottinette, d'autres le walkman sur les oreilles. La procédure est parfaitement rodée. Par groupe de quatre, ils se rendent dans la salle d'injection. Installé derrière un guichet, un infirmier leur donne à chacun une dose d'héroïne déjà introduite dans une seringue. D'un geste machinal, ils serrent le garrot, cherchent leur veine et se piquent. Françoise au pouce, Robert au mollet, André et Max à l'avant-bras. Puis, place aux suivants. Jean-Louis Sudreau, un infirmier donne un coup de main à ceux qui ont des veines en trop mauvais état.
Programme économique. Derrière l'image un peu cliché des 1 200 toxicomanes (sur les 30000 recensés en Suisse) qui, trois fois par jour, s'injectent de l'héroïne commandée dans des laboratoires et payée par la Confédération helvétique (7 francs suisses le gramme) (2), s'organise une véritable prise en charge devant un problème de santé publique. Car ce «noyau dur» de toxicomanes (âge moyen de 36 ans) qui ont, pour la plupart, quinze ans d'hér




