Buenos Aires
de notre correspondante
Chaque soir, la même scène se déroule dans l'élégant quartier de la Recoleta. Des dizaines d'Argentins, munis d'une chaise pliante ou d'une natte, s'installent pour la nuit devant le consulat d'Espagne pour être sûrs d'être les premiers, le lendemain, à faire la demande de nationalité espagnole qui leur ouvrira les portes d'un pays de l'Union européenne. Aux guichets, on enregistre un millier de demandes par jour.
Sans emploi. «Au début du siècle dernier, mon grand-père est venu d'Espagne pour tenter sa chance en Argentine. Maintenant, je fait le chemin inverse, explique Cristian, 28 ans. J'ai été vendeur ambulant, électricien, plombier avant d'être employé pendant cinq ans dans une compagnie de téléphone portable. Elle s'est volatilisée la semaine dernière. Ici, tu as du boulot un jour, mais tu ne sais rien du lendemain. Ma mère, mon frère et mon épouse sont sans emploi. On a de la famille à Leon et je vais partir là-bas. Si tout va bien, ils me rejoindront.»
Comme Cristian, ils sont des milliers à se lancer dans les démarches administratives indispensables à l'émigration. Après des années de politique néolibérale et de privatisations à outrance, les Argentins fuient une crise économique que le gouvernement de Fernando de la Rua (Alianza, coalition de centre gauche), élu depuis un an, a toutes les peines à résorber. «On nous parle d'une reprise dans deux ans. Pour un pays, c'est peu de temps, mais pour les gens c'est beaucoup trop, dit Juan,




