Miyagi envoyé spécial
Circuler à Miyagi, province rurale japonaise dominée de longue date par le Parti libéral-démocrate (PLD), donne une idée de l'apathie politique dans laquelle est plongée la deuxième puissance économique mondiale. Dans ce bastion agricole du centre de l'île de Honshu, tout semble aller pour le mieux. Les zones industrielles tirées au cordeau enserrent les fermes et les rizières, réduites à la portion congrue. Les autoroutes trouent les montagnes pour rejoindre Sendai, la préfecture de plus de 1 million d'habitants.
Coupe réglée. Miyagi est un coffre-fort, au sens propre comme au figuré. Ses agriculteurs y reçoivent l'un des niveaux de subventions les plus élevés de l'archipel. Et malgré l'exode rural et les bouleversements sociaux qui ont affecté le Japon ces vingt dernières années, la frange locale du PLD continue de tenir la province en coupe réglée. La clef de ce système tient en un nom: Hiroshi Mitzuzuka, plus connu à la Diète (le Parlement japonais) comme le «parrain de Miyagi». A 73 ans, après voir été plusieurs fois ministre et chef de la principale faction du PLD, Mitzuzuka-san continue de régner sur son fief, où il se rend de moins en moins. Son réseau, constitué d'amis de longue date placés à la tête des nokyo («coopératives») et des gaikaku dantai («organisations agricoles»), quadrille le terrain pour lui. «Ici, tout le monde a dû à un moment ou à un autre lui faire allégeance», confirme Yasuo Bunya, un riziculteur retraité du district de Taiwa.




