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La «marche noire», une déferlante en Kabylie.

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En signe de deuil et contre la répression, des centaines de milliers de personnes ont manifesté hier à Tizi Ouzou.

Publié le 22/05/2001 à 0h57

«On n'avait jamais vu cela en Kabylie, même lors du Printemps berbère de 1980.» Contactés par téléphone, les habitants de Tizi Ouzou n'ont que cette phrase à la bouche. Unanimes à évoquer une «marée humaine», ils sont bien incapables de chiffrer ce «déferlement» de quatre heures sur six kilomètres. 200 000, 500 000? Presque incrédules, ils répètent inlassablement que «c'est un formidable mouvement citoyen». «La communion entre les villageois venus de toute la Kabylie a bousculé tout ce qu'on avait l'habitude de voir», raconte Karim. «Si la majorité des manifestants étaient des jeunes, on défilait de 10 à 90 ans», s'enthousiasme Majid, évoquant «le nombre incroyable de filles, y compris dans le service d'ordre».

Tous répondaient à l'appel des comités de village et archs (tribus) de Kabylie pour cette «marche noire» destinée à protester contre la répression par les forces de sécurité des émeutes qui ont embrasé la région du 22 avril au 6 mai, faisant près de cent morts. Structurés en carrés par villages, habillés de noir ou portant bandeaux et brassards noirs en signe de deuil, ils ont marché jusqu'au siège de la préfecture de Tizi Ouzou, paralysée par une grève générale, en scandant des slogans hostiles au pouvoir. A commencer par «Pouvoir assassin», tant entendu durant les émeutes du mois dernier. «Pas de pardon», ont-ils lancé en clamant: «Liberté, unité, citoyenneté»; «Halte à l'injustice»; «Y en a marre»; «Pas d'impunité»; «Halte à la hogra», ce mépris dans lequel les auto

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