Le cercueil apparaît au bout de l'allée. Derrière, la famille éplorée, les amis graves, silencieux. Karima bondit sur ses pieds. «Merde, j'allais oublier l'eau!» Un broc à la main, les pieds nus, elle détale vers le cortège et jette, au passage du défunt, l'eau purificatrice. «Qu'Allah tout puissant le protège», marmonne-t-elle en tendant la main. Quelques billets froissés tombent. Karima revient en se dandinant, et croque à belles dents la galette de pain qui lui sert de petit déjeuner.
Karima est née ici, en plein coeur de la Cité des morts, la gigantesque nécropole du Caire, il y a une quarantaine d'années. «Mes parents vivaient déjà là, bien avant ma naissance. Ils sont venus du Saïd [Moyenne Egypte], des petits paysans sans terre, bien trop pauvres pour avoir un appartement. J'ai grandi ici, je m'y suis mariée avec le fils du fossoyeur. Je gagne ma vie en participant au rituel des enterrements.» Au milieu des tombes, le couple a construit un abri, un cube de briques, aux murs à peine troués d'une porte basse, 10 mètres carrés où vivent aussi leurs six enfants. Une glycine grimpe le long du mur.
Doaa et Amina, les benjamines de la famille, sont de corvée de vaisselle. Les assiettes trempent dans un baquet d'eau sombre. Les casseroles sèchent déjà, posées sur les tombeaux de pierre. «Vous savez, les morts, on est tellement habitués, ça ne nous fait rien. Et puis, c'est pas des voisins trop bruyants, hein!», tonitrue Karima, en se tapant les cuisses.
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