Barrage des Trois-Gorges envoyé spécial
Le bateau rapide de fabrication russe fonce sur les eaux calmes du grand fleuve. A bord de la cabine, un film hongkongais d'une rare violence se termine à l'approche de la ville de Yichang. Les passagers des commerçants pendus à leur téléphone portable, des paysans allant tenter leur chance en ville, des étudiants rentrant dans leur famille pour les vacances du nouvel an chinois... se précipitent aux fenêtres pour évaluer l'avancée des travaux : le barrage des Trois-Gorges s'élève désormais en une masse gigantesque qui bloque les deux tiers de la largeur du Yang-tsé, ne laissant plus qu'un étroit passage aux nombreux bateaux qui assurent les navettes fluviales. Personne n'est indifférent : cette grande muraille de béton qui se construit jour et nuit va bouleverser leur vie, pour le meilleur selon les autorités, ou pour le pire selon les nombreux détracteurs de ce qui sera bientôt le plus grand barrage du monde.
C'est l'histoire d'un choc entre l'infiniment grand et l'infiniment petit, une parabole du développement à marche forcée de la Chine qui fait peu de cas de ce qu'il écrase sur son passage. Vu d'en haut, le projet du barrage est pharaonique, les moyens déployés colossaux, et le pari de dompter le troisième fleuve du monde particulièrement osé. Vu d'en bas, ce sont des histoires humaines souvent douloureuses, des pans de patrimoine à jamais engloutis, une alchimie sociale et écologique bouleversée... Ceux qui espéraient faire ch




