Rotterdam envoyée spéciale
«On ne peut pas résoudre un problème sans le nommer. Dire qu'à Rotterdam, 99 % des vols de rue sont commis par des immigrés, ce n'est pas du racisme, c'est un fait statistique. Et Pim Fortuyn a été le premier à oser le dire, au grand dam de l'establishment politique.» Il y a cinq jours, Marco Pastors prenait possession de son grand bureau encore vide, à la mairie de Rotterdam. Encore un peu ébahi par le triomphe local de la liste Pim Fortuyn aux municipales, ce jeune consultant indépendant ne se destinait pas à la politique et aurait «certainement refusé d'adhérer à un parti d'extrême droite». Contacté par Pim qu'il avait connu à l'université, Pastors va à reculons à une première réunion : «J'ai vu que c'était des gens normaux, des profs, des architectes, des chefs d'entreprise, des habitants mécontents de la surdité de la municipalité.»
Appel d'air. Au soir du 6 mars, l'annonce du score de Fortuyn à Rotterdam 34 % des voix est un séisme national : le nouveau venu, moqué du bout des lèvres par ceux qu'il a coutume d'appeler les «régents de la partitocratie», a du premier coup réussi à abattre plus d'un demi-siècle d'hégémonie sociale-démocrate sur la grande cité portuaire. Au lendemain de l'assassinat de Fortuyn, la petite foule qui se masse devant sa maison ressasse les mêmes mots : «On a abattu le premier espoir de changement», «aux Pays-Bas, on tolère tout, sauf la vérité». Car la mort de «Pim» sonne aussi comme la fin d'un appel d'air au coeu




