Kano envoyée spéciale
Toute l'actualité mondiale est là, étalée dans la poussière d'un carrefour de Sabon gari, le quartier où commercent chrétiens et musulmans de Kano : des dizaines d'affiches criardes, assez peu assorties à l'esthétique rigoriste de la charia en vigueur dans le nord du Nigeria. Mais pour 20 nairas pièce (0,2 euro), ceux qui n'ont pas la télévision savent au moins à quoi ressemblent les équipes africaines de foot, les affriolantes chanteuses à la mode, ou Oussama ben Laden. Grâce à d'habiles photomontages, le musulman qui a défié l'Amérique apparaît dans toutes ses oeuvres : Oussama au combat, Oussama à La Mecque, Oussama en veste de smoking blanc, le menton délicatement appuyé sur un gant noir, façon Audrey Hepburn.
C'est dans ce quartier animé que les violences ont éclaté le 12 octobre 2001, juste après la prière du vendredi, quand des manifestants criant des slogans hostiles à Washington et au pouvoir nigérian, ont fini par tuer, brûler et piller tout ce qui leur tombait sous la main. Entraînée par des jeunes de la rue, la foule a vite oublié les bombardements américains en Afghanistan. Elle s'en est prise aux commerces des Ibos et des Yorubas, les «étrangers» à la ville, qui ont à leur tour attaqué les étals de leurs voisins haoussas. «Il y a beaucoup de petites factions religieuses dans le Nord, dit un chef de quartier ibo qui en est à sa cinquième émeute depuis son installation à Kano, en 1952. Ce sont des convaincus. Mais ceux qui cassent s'en fichent




