Belfast envoyé spécial
Neil McCartan n'a pas reconnu son frère allongé sur un lit du Royal Victoria Hospital, un appareil respiratoire collé sur sa bouche tuméfiée et sanglante, le visage bouffi, tailladé, recouvert de boue. «Sa tête avait doublé de volume. Il ne ressemblait pas du tout à Harry.» L'officier attendait une réponse. «Nous l'avons identifié grâce à son tatouage.» Sur le bras, entre les tubes entrelacés, figurait bien le nom de Chloe, sa fille de 5 ans. Il fallait soulever le drap blanc. Neil a poursuivi son geste et découvert deux pièces de bois accrochées à chaque main comme des attelles.
Ni la police, ni l'infirmière n'avaient prévenu : «Au téléphone, on nous avait seulement parlé de blessures. Personne ne nous avait dit qu'il avait été crucifié.» Les clous, épais, longs de plus de dix centimètres, étaient pliés à mi-hauteur pour empêcher tout dégagement. Les pompiers, alertés par un appel anonyme, ont dû scier les planches. Le tibia brisé en plusieurs endroits, le corps roué de coups, «il devait être déjà inconscient quand ils l'ont cloué», répète Niel pour mieux se convaincre. Harry McCartan, un catho lique de 23 ans, a été retrouvé le 3 novembre, aux premières heures du matin, à Seymour Hill, un quartier populaire protestant au sud de Belfast. Il était fixé à une clôture, au milieu d'un terrain vague, le dos appuyé sur la barre transversale, les pieds attachés avec ses lacets et les bras en croix. Ses assaillants ont sans doute utilisé un marteau, ainsi qu'un




