C'est une si belle ville», dit la chanteuse Christine dans Pink, le roman publié par Gus Van Sant en 1997. «Une ville si malade.» Les camions de la voirie, eux, clament en lettres noires : «PORTLAND, A CITY THAT WORKS.» Une ville qui marche, une ville qui travaille. «Même si le système scolaire est le pire et le moins subventionné du pays», qualifie le cinéaste, qui a tourné son dernier film, Elephant, dans une des écoles de la ville. «Cela tient à la fois à une mauvaise gestion, et au fait que très peu d'argent dans ce pays est consacré à l'éducation. Ici, en Oregon, quand on vote, il y a une case à cocher si on veut que tant pour cent des impôts fonciers aillent aux écoles. Personne ne coche.»
C'est là tout le paradoxe de Portland, ville où bus et tramways sont gratuits dans le centre-ville, où la conscience écolo est encore plus développée que dans d'autres métropoles touchées par le boom high-tech des années 90, comme ses voisines Seattle et San Francisco, mais tout ça plaqué sur un arrière-pays foncièrement conservateur, une mentalité bûcheronne libertaire que l'écrivain Ken Kesey incarnait assez bien. On ne paie ni taxe locale ni impôt d'Etat en Oregon.
Imagerie saumonesque. Fondée en 1851 par des pionniers venus de Nouvelle-Angleterre, la ville, restée modeste (529 000 hectares, le double pour l'agglomération), s'étale des deux côtés de la rivière Willamette, au sud de sa confluence avec le puissant fleuve Columbia. De ses origines, l'ancienne Sasquatch




