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Libération
Reportage

«On vit dans la paranoïa, à qui le tour ?»

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Publié le 05/09/2003 à 0h51

Bagdad envoyée spéciale

A l'hôtel Canal dévasté, quelques chauffeurs irakiens continuent de venir tous les matins. Hakim tripote son badge des Nations unies comme la relique d'un temps ancien. «On nous dit : "Rentrez chez vous. Vous serez payés de toute façon."» Il s'est glissé un matin dans les parkings où les 200 voitures 4x4 blanches, marquées de l'énorme sigle de l'ONU, étaient alignées, recouvertes de poussière, «échouées comme des poissons morts». Jadis, c'est-à-dire il y a dix jours, avant qu'un véhicule piégé ne tue Sergio Vieira de Mello (le plus haut responsable onusien en Irak) et 21 autres victimes, le siège accueillait 600 personnes. Ils sont aujourd'hui moins d'une cinquantaine, repliés sous des tentes climatisées au pied de décombres, et pour l'essentiel des officiers de sécurité. Alors qu'à New York se discute ces jours-ci un nouveau mandat qui engagerait davantage l'ONU en Irak, les représentants internationaux ici, Nations unies ou ONG, s'interrogent. «Mais qu'est-ce qu'on fout là ?», dit un fonctionnaire.

Figurants. Sur le site désormais désert, un chargé de mission se souvient avec amertume des grands repas entre fonctionnaires onusiens : «Avec le recul, j'ai l'impression que nous étions là comme des figurants. Il me semble que notre seule mission était notre masse pour faire comme si les Nations unies avaient un rôle important.» Lorsque les évacuations ont eu lieu, «ont surgi les premières questions», dit-il. Officiellement, ont été retirés de Bagdad ceux

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