Gaza envoyé spécial
Maîtrisant un premier sursaut, Tarek sonde le ciel, oeil plissé, oreille tendue. Un panache de fumée flotte sur le quartier de Sabra, aux alentours de l'université islamiste de Gaza. Les chasseurs-bombardiers restent parfaitement invisibles et le profond rugissement de leurs réacteurs s'estompe déjà dans le lointain. «Une seule explosion, sûrement une tentative d'assassinat», soupire le jeune marchand de «foul». Rassuré par son pronostic, il s'affaire à touiller, d'une grande cuillère en bois, l'épaisse purée de fève qui constitue l'ordinaire des petits déjeuners palestiniens. Chacun de ses clients reprend sa route, suspendu à son téléphone portable, cherchant à deviner qui a pu faire les frais de la riposte israélienne aux attentats suicides de la veille.
La réponse ne tarde pas à tomber. Dans un flash d'information enrobé de deux hymnes martiaux, la radio nationale annonce que le docteur Mahmoud Zahar a échappé d'extrême justesse au tir d'un missile qui a pulvérisé sa maison, tué son fils Khaled ainsi que deux de ses gardes du corps. Ce chirurgien, professeur à la faculté de médecine, membre de la direction politique du Hamas et porte-parole du mouvement de la résistance islamiste, a été légèrement blessé au bras. Pour de très nombreux Palestiniens, la politique de liquidation des cadres politiques de la résistance armée, islamiste ou nationaliste, apporte «la preuve irréfutable» que le Premier ministre israélien «ne veut pas sérieusement faire la paix».




