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Libération
Reportage

Eboueur à Bagdad pour trois dollars par jour

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C'est le tarif offert par les Américains à des chômeurs pour ramasser les ordures.

Publié le 22/09/2003 à 1h05

Bagdad envoyée spéciale

Trois dollars, c'est le salaire mensuel d'un professeur sous Saddam Hussein. Le prix de deux poulets. Ou celui de la série vidéo qui fascine les trottoirs de Bagdad : exécutions, torture, gazage, le cauchemar en vrai et en direct piraté sur des cassettes découvertes dans les caves du régime. Trois dollars, c'est aussi le surnom de la mesure la plus populaire des Américains en cinq mois à Bagdad : le tarif journalier offert à des chômeurs pour ramasser les ordures.

Au quartier Chouhada, l'équipe du jour est au complet, grappe bruyante et chicaneuse, qui secoue la grille de la municipalité vers 8 heures du matin. Le père de Hakim devait faire le boulot. Finalement, il est sur un chantier. Il a envoyé son fils de 12 ans, qui en paraît 8. Avec l'argent gagné hier, Hakim s'est payé un polo imitation Lacoste chez le fripier. Momo a choisi un jeu vidéo. «Minable», dit Hakim. Ils se bousculent, une dizaine de gosses en tout. Hussein, ancien mécanicien, se verrait bien chauffeur. Il a le permis, tout de même. Ou alors gardien. Il a une kalachnikov aussi. Pourrait tout faire, Hussein. Un propriétaire d'immeubles en chemise blanche discute avec un vendeur de paraboles. Quelqu'un dit qu'il connaît quelqu'un qui cherche quelqu'un pour construire une piscine. «Moi», dit Hussein. «Moi et mon père», dit Hakim. Yassine, gérant d'un supermarché, a confié la caisse à un cousin. En attendant, tout le monde part ramasser les ordures pour 3 dollars.

Argent facile. A Chouhada,

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