Abou Gharib envoyé spécial
Les portes du pénitencier enfin se sont descellées. Le jour tombe et avec lui l'espoir des familles de prisonniers quand deux camions apparaissent, se frayant un chemin dans la foule. Etrange levée d'écrou. Sur les plates-formes débâchées des véhicules, une petite soixantaine de pauvres hères. Hirsutes et débrayés, ils écarquillent les yeux à la recherche d'un visage. Même frénésie, même crainte de la déception dans la cohue qui se rue dans le sillage des véhicules. Une excitation à la hauteur de l'attente. Dès l'aube, une photo à la main ou des papiers d'identité rangés dans une pochette en plastique, des centaines de parents, amis, voisins, se sont plantés sous les miradors du bagne d'Abou Gharib. La veille, Paul Bremer, le proconsul américain en Irak, avait promis la libération «de centaines de détenus» internés «pour raisons de sécurité». Amnistie censée démontrer que les forces de la coalition maîtrisent désormais la situation militaire au point de pouvoir se montrer magnanimes.
Opérations durcies. «Saddam Hussein, le tyran, a été arrêté, a rappelé Bremer. La plupart de ses acolytes sont morts ou capturés. L'heure est venue de la réconciliation.» Une grâce qui ne concernera toutefois que le menu fretin de la résistance, à l'exclusion «des personnes ayant du sang sur les mains». Mais ce geste de bonne volonté ne doit pas être compris comme un signe de faiblesse. Au contraire, les opérations de ratissage vont se durcir dans le fameux «triangle sun




