Washington de notre correspondant
Est-il humain ou synthétique ? Sincère ou faux ? A chaque étape de sa campagne, le candidat John Edwards, sénateur de Caroline du Nord, répète exactement les mêmes phrases, avec les mêmes intonations, les mêmes gestes, le même sourire d'enfant qu'il allume ou éteint à volonté, on-off : «Aujourd'hui, sous Bush, il y a deux Amériques. Une Amérique qui travaille, une autre qui encaisse...» Lorsqu'elle vole, sa mèche suit toujours le même mouvement, comme programmée par un algorithme savant. Jamais une seconde de son temps n'est gâchée. Lorsque Jérôme de Perlinghi, le photographe de Libération, lui demande de poser une minute, il s'enquiert, sec : «Pour qui ?» et, à peine la réponse enregistrée, remercie et tourne les talons. Il promène souvent avec lui, parfois sur des milliers de kilomètres, ses deux derniers enfants blondinets, Jack et Emma. Après chaque meeting, ceux-ci passent la tête par la fenêtre du bus, pour sourire aux photographes. Sous cette fenêtre grande comme un écran de télévision, les stratèges d'Edwards ont eu la bonne idée de faire écrire : «www.johnedwards2004.com».
Pauvreté. Edwards a du succès auprès de son auditoire. Il est assez beau, ne fait pas ses 50 ans. Son message est simple et direct, moins complexe que celui de John Kerry, plus ensoleillé que celui de Howard Dean, plus à gauche que celui de Joe Lieberman ou Wesley Clark. Edwards a le mérite de parler de sujets que d'autres évitent, comme la pauvreté aux Etats-Unis :




