Shangqiu envoyé spécial
La nuit glaciale est tombée sur le bâtiment hybride du quartier ancien de Shangqiu, une ville moyenne de la province du Henan, dans le centre de la Chine. Dans un bureau, un homme écoute les prières musulmanes téléchargées sur l'Internet. Du fond du couloir, des rires d'enfants proviennent d'un dortoir improvisé dans une pièce non chauffée. Ces rires reviennent de loin : ces enfants sont des orphelins du sida, dont les parents ont été contaminés dans les années 90 en vendant leur sang (lire encadré). Sans doute le plus important scandale au monde depuis l'apparition du VIH. Des centaines de milliers de paysans pauvres ont ainsi été condamnés à une mort certaine, en toute impunité, sans que la lumière ait été totalement faite ni même un dépistage systématique organisé par les autorités.
Ces enfants font partie des quelque 100 000 orphelins du sida déjà recensés par le ministère de la Santé, un bilan qui, à terme, vu le nombre de victimes du sang contaminé, devrait atteindre 1 million. Seuls quelques milliers de ces orphelins bénéficient d'une prise en charge réelle, publique ou privée. Les autres, selon un militant antisida chinois, se retrouvent dans des familles paysannes pauvres qui se contentent de les nourrir, mais ne peuvent leur payer l'accès à l'école. Et beaucoup, laissés à eux-mêmes, cherchent du travail en tentant de mentir sur leur âge.
Détresse.
Chen Zhihua, un garçon de 11 ans, et sa soeur Yanhua, 13 ans, sont arrivés en octobre dans cet orph




