Le Caire, de notre correspondante.
«Un retour en arrière.» Consternées, les associations égyptiennes des droits de l'homme dénoncent le retour à la censure religieuse. La justice vient en effet de réautoriser Al-Azhar, la plus grande institution du monde sunnite, à saisir tout bien culturel contraire à la morale et au dogme. Le comité de recherches islamiques d'Al-Azhar a ainsi saisi plusieurs corans et ouvrages théologiques qui n'avaient pas reçu son imprimatur.
Bête noire. Le cheikh d'Al-Azhar, Mohamed Tantawi, ne voit pas là d'atteinte à la liberté d'expression puisque ce contrôle s'applique aux livres religieux et non aux oeuvres littéraires. Mais ses oulémas ont également recommandé l'interdiction de la Chute de l'imam, roman antifondamentaliste de Nawal el-Saadawi, pourtant en vente libre depuis plus de vingt ans. Bête noire des islamistes, Nawal el-Saadawi est régulièrement attaquée en justice pour ses écrits et fut placée sur la liste noire des «intellectuels à abattre», par le groupe armé Al-Gamaa al-Islamiya, dans les années 90. Une décennie sombre où les procès en apostasie contre les penseurs jugés contraires à l'islam ont dégénéré en appel au crime, comme en témoignent le meurtre de Farag Foda, en 1992, ou la tentative d'assassinat du Prix Nobel de littérature Naguib Mahfouz, en 1994.
En réactivant la censure religieuse, l'Etat cherche en fait à se doter d'un vernis islamiquement correct pour rassurer les milieux conservateurs, après avoir effectué, le mois dernier




