Washington de notre correspondant
En mai, à la suite du scandale des sévices infligés à des prisonniers à Abou Ghraib, en Irak, Bush dénonçait les «méfaits d'une poignée d'indiv idus», une demi-douzaine de jeunes policiers militaires. Il s'agissait alors de protéger son secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, assailli d'appels à la démission. Cette version officielle vole aujourd'hui en éclats. Une enquête interne met en cause le rôle joué par les deux responsables du renseignement militaire dans la prison, vingt et un de leurs subordonnés et quatre «contractuels» civils. Ce que décrit le rapport n'est pas une simple soirée de folie sadique en novembre 2003, immortalisée par des photos de pyramides de prisonniers nus : les enquêteurs ont recensé 44 cas d'abus oude tortures, commis entre juillet 2003 et février 2004. Des coups, de nombreuses humiliations sexuelles, un viol, un meurtre. Ils ont aussi découvert la présence de «prisonniers fantômes», dont l'arrestation n'a pas été signalée à la Croix-Rouge, en violation du droit international.
Ces vingt-sept membres du renseignement militaire ont «demandé, encouragé, toléré ou sollicité les abus commis par le personnel de la police militaire», quand ils n'y ont pas participé eux-mêmes, constate le rapport rédigé sous la responsabilité du général George Fay. Pour la première fois, le mot «torture» apparaît dans le vocabulaire officiel : «C'est un mot très fort, mais, dans quelques situations, hélas, je pense qu'il est approprié»,




