Belfast, envoyée spéciale.
Le noir, le rouge, le bleu : aucune nuance dans le ton, tout est violent. Les peintures murales, très léchées, font facilement deux mètres de haut : le moindre détail des drapeaux de l'UDA (Ulster Defence Association) et de l'UVF (Ulster Volunteer Force), les groupes paramilitaires protestants, y figure, main rouge fermée pour l'un, poing tendu pour l'autre. Il n'a pas fallu longtemps aux militants protestants pour s'emparer de ces panneaux de bois qui protègent le chantier d'une auberge de jeunesse, en plein coeur du quartier loyaliste de Sandy Row. Le choix n'est pas neutre, le chantier est juste en face du Whitehall Square, bâtiment moderne implanté au début de la rue, conçu pour accueillir des familles mélangées, des Chinois, quelques Africains... et des catholiques, devenu le lieu honni des ultras du quartier. Comme le résume un ouvrier, ici «c'est leur territoire, et les panneaux, c'est une bonne réponse à Whitehall Square». Pas question ici de se laisser déborder par les suppôts du Vatican, ni d'accepter un quelconque «partage du pouvoir» avec le camp nationaliste de Sinn Féin. Des lignes de tranchées, il en subsiste bon nombre à Belfast, comme dans la zone misérable d'Ardoyne, au Nord, où les catholiques sont cernés par leurs «ennemis».
Menaces. Ailleurs, les lignes de partage deviennent plus impalpables. Au sud de la ville, au croisement de Lisburn Road et de Finagy Road, les maisons en brique rouge sont confortables, les jardins avenants, a




