Bibury (nord-ouest de l'Angleterre) envoyée spéciale
Un dernier grand virage dans Bibury, qui se flatte d'être le plus beau village anglais, au coeur des Cotswold, à l'ouest de Londres, avec ses maisons de calcaire blond et ses 800 ans d'âge. Puis une petite côte, un chemin de ferme masqué qui part sur la droite, une succession de champs clos de murs de pierre sèche, une terre boueuse et humide... enfin, au bout de l'allée, le gibier est repéré.
«Vous verrez, ils se cachent, ils se sentent un peu tabous», avait prévenu la tenancière d'un vieux pub de Cirencester, capitale du comté de Gloucester, à 15 miles (24 km) de là. Sur les terres de la ferme de Ladbarrow, en ce début de matinée embuée et frissonnante, dans les replis vallonnés d'une campagne anglaise faite de verts d'ombre et de gris pâle, de futaies qui dégoulinent, le gibier porte veste en tweed cintrée, chemise blanche, cravate-épingle ou jabot, culotte de tricot blanc, bottes, bombe de velours noir. Il a chignon bien tenu, boucles d'oreille, queue de cheval ou nuque rase, 20 ans, 30, 40 ou 60. Et il se sent injustement poursuivi, fuit les journalistes, doit s'apprivoiser. Le chasseur à courre britannique est ainsi, traqué et méfiant, depuis que Tony Blair a décidé d'interdire le fox hunting, la chasse au renard, mais également celle du cerf et d'autres mammifères. Pas question de l'approcher sans bonne introduction.
«L'innommable qui chasse l'immangeable»
Il faut la bonhomie et l'autorité presque féodale de lord Apsley, fils du comte de Bathurst, princi




