N'Djamena de notre correspondante
«La veuve !», appelle l'avocate. Une femme se présente, un dossier à la main. Elle rajuste son pagne, s'installe gauchement sur la chaise. Odette, 45 ans, a perdu son mari en 2001. Elle a effectué toutes les démarches administratives pour toucher la pension de réversion et même officialisé le mariage coutumier. En vain. Depuis trois ans, c'est sa belle-famille qui récupère le versement trimestriel. Son beau-frère l'a même menacée, elle et sa fille aînée, de les jeter en prison si elles s'avisaient d'aller en justice. Surmontant sa peur et les pesanteurs sociales, Odette a choisi de défendre ses droits.
Sans voix. «Les conflits autour des successions sont très fréquents au Tchad», souligne Augustine Belkoulaye Doumiandje, avocate réputée au Tchad pour défendre gratuitement des femmes que lui adresse l'association des femmes juristes. Pour ces sans-voix, souvent analphabètes, l'action en justice constitue l'ultime recours après la réunion du conseil de famille, en présence du chef de village. «Même si je remporte l'affaire à l'audience, le plus difficile pour ces femmes, ce sont les pressions une fois revenues au village. On les accuse, tout comme on m'accuse, d'avoir violé la coutume. Aucun code de la famille ne protège ni ne régit ce genre de cas.»
«Au Tchad, nous continuons à appliquer le code civil français de 1958. Même en France, il a été remanié de multiples fois !», explique Nderbé Matibey Ndam Moungar, juge au tribunal d'instance de N'Dj




