Djibouti envoyée spéciale
«C'est pas la Côte-d'Ivoire ici ! Y a pas de francophobie !» Ali rigole doucement. Une énorme boulette de qat lui déforme la joue. C'est l'heure de «la broute», disent les Djiboutiens, l'heure où la ville s'enfonce dans les brumes de l'herbe à chiquer. Une motocyclette passe. «Vive la France !» crie le conducteur. A Nougaprix, le supermarché dont les arrivages rythment la vie de la communauté française, quelques expatriés poussent leur chariot entre les piles de chocolats de Noël en promo. A côté, dans les tôles du bidonville afar d'Hariba, on «qate» aussi, en attendant la fraîcheur de la nuit. La tranquillité est totale, si ce n'était cette tension diffuse, ces voix qui baissent d'un demi-ton quand on évoque «l'affaire».
Représailles. Dix ans après la découverte, en octobre 1995, du corps à demi calciné du juge Bernard Borrel au pied d'une falaise de Djibouti, l'enquête autour de sa mort pèse de plus en plus lourdement sur les relations entre la France et son ex-colonie, qui abrite toujours la plus importante présence militaire française sur le continent africain, avec 2 800 hommes. La décision de la justice française, le 10 janvier, d'auditionner le chef des services secrets djiboutiens a provoqué la fureur du président Ismaïl Omar Guelleh, indirectement mis en cause, qui a ordonné en représailles l'expulsion de six coopérants techniques français.
L'évocation d'une possible fermeture de la base française, les mémos inquiets échangés dans les ministèr




