Istanbul de notre correspondant
Les plus optimistes y voient un prudent premier pas de la Turquie pour régler officiellement ses comptes avec la partie la plus sombre de son histoire. Le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, issu du mouvement islamiste, a proposé, dans un message à son homologue arménien, Robert Kotcharian, l'instauration d'une commission mixte composée d'historiens turcs et arméniens afin d'enquêter sur les massacres de centaines de milliers d'Arméniens, en 1915, qu'Ankara se refuse toujours à qualifier de génocide.
L'initiative paraît néanmoins être surtout une manoeuvre pour désamorcer les critiques occidentales qui appellent de plus en plus fermement Ankara à ce «travail de mémoire» alors que les négociations d'adhésion à l'UE devraient commencer en octobre prochain. «L'administration turque est coincée car elle veut poursuivre son processus d'accès à l'Union européenne alors que les lobbies arméno-occidentaux font monter la pression à la veille des commémorations du 90e anniversaire de ces événements tragiques», estime le professeur d'histoire Halil Berktay, de l'université Sabançi, une des rares personnalités turques, avec Taner Akçam, spécialiste du problème arménien, qui contestent la thèse officielle. Les massacres et les déportations d'Arméniens, entre 1915 et 1917, ont fait entre 1,2 et 1,3 million de morts, selon les Arméniens, et 300 000 selon les Turcs.
«Nouvelle stratégie». Occultée pendant quatre-vingt-dix ans par l'histoire officielle, l




