Le Brésilien Leonardo Boff, l'un des principaux idéologues de la théologie de la libération, a été condamné en 1985 à dix-huit mois de «silence pénitentiel» par le cardinal Joseph Ratzinger, en croisade contre les adeptes accusés de déviation marxiste de cette doctrine qui prône «l'option préférentielle pour les pauvres». Il commente l'accession au trône de Saint-Pierre du théologien allemand qui, avant de devenir cardinal et de le désavouer, fut son ami, l'aidant même à financer la publication de sa thèse.
Que pensez-vous du choix du conclave ?
Je le trouve décevant. Benoît XVI sera le pape de la continuité, mais dans un sens encore plus radical que Jean Paul II, et cela, dans tous les domaines : morale sexuelle, ordination des femmes, doctrine de l'Eglise en général. Je prévois aussi une centralisation des thèmes de l'Eglise sur elle-même et non pas sur les grandes questions de l'humanité. Or l'Eglise n'existe pas pour elle-même, mais pour le monde et la société. De plus, si elle ne s'ouvre pas au dialogue avec la science, les autres religions et Eglises , elle va s'isoler, conduisant beaucoup de chrétiens critiques à la quitter. On risquerait alors un déclin encore plus grand du catholicisme dans le monde. D'autant que bien des catholiques n'acceptent plus une morale sexuelle pénalisante.
Comment expliquer l'élection de ce conservateur ?
Elle est due à ce que 113 des 115 cardinaux électeurs doivent leur pourpre à Jean Paul II. Ils jugent donc naturel que se prolonge la culture conservatrice et de contre-réforme de l'Eglise qui s'est créée sous Karol Wojt




