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Interview

Leonardo Boff : «Avec Benoît XVI, l'Eglise va s'isoler»

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Leonardo Boff, idéologue de la théologie de la libération, sanctionné par Ratzinger en 1985 :

ParChantal Rayes
São Paulo de notre correspondante
Publié le 22/04/2005 à 1h52

Le Brésilien Leonardo Boff, l'un des principaux idéologues de la théologie de la libération, a été condamné en 1985 à dix-huit mois de «silence pénitentiel» par le cardinal Joseph Ratzinger, en croisade contre les adeptes ­ accusés de déviation marxiste ­ de cette doctrine qui prône «l'option préférentielle pour les pauvres». Il commente l'accession au trône de Saint-Pierre du théologien allemand qui, avant de devenir cardinal et de le désavouer, fut son ami, l'aidant même à financer la publication de sa thèse.

Que pensez-vous du choix du conclave ?

Je le trouve décevant. Benoît XVI sera le pape de la continuité, mais dans un sens encore plus radical que Jean Paul II, et cela, dans tous les domaines : morale sexuelle, ordination des femmes, doctrine de l'Eglise en général. Je prévois aussi une centralisation des thèmes de l'Eglise sur elle-même et non pas sur les grandes questions de l'humanité. Or l'Eglise n'existe pas pour elle-même, mais pour le monde et la société. De plus, si elle ne s'ouvre pas au dialogue ­ avec la science, les autres religions et Eglises ­, elle va s'isoler, conduisant beaucoup de chrétiens critiques à la quitter. On risquerait alors un déclin encore plus grand du catholicisme dans le monde. D'autant que bien des catholiques n'acceptent plus une morale sexuelle pénalisante.

Comment expliquer l'élection de ce conservateur ?

Elle est due à ce que 113 des 115 cardinaux électeurs doivent leur pourpre à Jean Paul II. Ils jugent donc naturel que se prolonge la culture conservatrice et de contre-réforme de l'Eglise qui s'est créée sous Karol Wojt

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