Rafiah Yam (Gouch Katif) envoyé spécial
Sur la terrasse de sa maison de Rafiah Yam, «construite de [ses] mains», au bout de la bande de Gaza, à quelques centaines de mètres de la frontière égyptienne, Martin Granot, 54 ans, se sent «comme tout le monde, ici : mal». «J'ai passé la moitié de ma vie à Gouch Katif», lâche-t-il. Venu d'Ashkelon, installé depuis 1984, il a cultivé 1,5 hectare de serres, qu'il a transmises à son fils. Puis, avec son épouse Naomi, il a ouvert un atelier de couture dans la zone industrielle aujourd'hui délabrée de sa localité. Tous deux font partie de la minorité de laïcs vivant dans le Gouch Katif.
Si Martin est désabusé, il ne veut cependant pas s'opposer à l'évacuation par la violence : «Je ne me battrai pas contre les soldats. Mais je manifesterai de manière légitime, avec des banderoles...» Il a reçu un terrain au mochav Mavkiim avec quelques familles de Rafiah Yam et de Péat-Sadé, les colonies les moins religieuses et les moins exaltées. «Mais qui va me donner du boulot, à mon âge ?» Martin se console à la pensée qu'il pourra pêcher en plongée il est l'un des rares à avoir obtenu un permis en bonne et due forme, alors que la législation en la matière est draconienne. «Mais ce n'est pas aussi poissonneux qu'à Gaza...»
Naomi, elle, se montre plus révoltée : «Voilà la récompense pour vingt ans de travail ! J'ai habité huit ans dans une caravane, j'ai fait l'ouvrière dans les serres. Le gouvernement nous a dit : "Vous êtes des pionniers." Et mainten




