Beyrouth de notre correspondante
Calés dans les fauteuils du salon VIP de l'aéroport de Beyrouth, archevêques, députés et ministres scrutent le visage émacié qui vient d'apparaître sur le petit écran. Dans une salle adjacente, Samir Geagea, l'ex-chef de la milice chrétienne des Forces libanaises, s'apprête à prononcer son premier discours d'homme libre avant de s'envoler pour Paris. Hier matin, il a quitté définitivement le ministère de la Défense dans les caves duquel il a passé la majeure partie de ses onze ans de détention. Le druze Marwan Hamadé, nouveau ministre de l'Economie, applaudit mollement. «C'est le dernier cran d'une réconciliation difficile à réaliser dans les faits et dans les esprits», lâche-t-il, laconique. En 1983, les miliciens druzes du Parti socialiste progressiste avaient livré une guerre acharnée à ceux de Samir Geagea. On n'en est plus là : la semaine dernière, au nom de l'unité nationale, l'écrasante majorité des députés, toutes confessions confondues, a voté en faveur de l'amnistie du chef maronite, condamné à quatre peines de prison à perpétuité pour l'assassinat de trois rivaux politiques, dont le Premier ministre Rachid Karamé en 1987. «C'est normal, explique un ancien lieutenant des Forces libanaises, notre leader était le seul à croupir en prison pour des crimes commis pendant le conflit. Ils ont simplement mis fin à une injustice.»
Aujourd'hui, quelques mois après le départ des dernières troupes syriennes du Liban, Geagea reprend donc sa place




