Beyrouth de notre correspondante
Les cheveux hirsutes et le visage noirci par la crasse, Moustapha étend un tapis douteux sur le goudron brûlant pour inviter ses voisins à partager une énième tasse de café. Aujourd'hui, il a parcouru 20 mètres au volant de son camion. A ce rythme, il franchira la frontière syrienne dans deux semaines. Depuis que le régime de Damas impose des fouilles drastiques à tous les poids lourds se présentant aux postes douaniers, une interminable file d'attente s'est formée dans le no man's land de 12 km séparant le Liban de la Syrie.
«Je n'ai plus rien à manger. Je me nourris uniquement de pommes de terre, d'huile et de pain», se lamente Eid, qui campe sous son véhicule depuis dix-neuf jours. Pour un salaire de 250 dollars par mois, ce chauffeur jordanien transporte fruits et légumes de Beyrouth à Amman. Faute de mazout, le moteur de son camion réfrigéré ne tourne plus et sa cargaison pourrit lentement. «Si je ne délivre pas la marchandise avant qu'elle soit complètement avariée, je ne serai pas payé», explique ce père de famille qui n'envisage même pas de rebrousser chemin. Devant et derrière lui, plus de 1 500 camions interdisent toute autre manoeuvre que la marche avant.
Privilégiés. «J'en ai ras le bol, je vais tout jeter sur la chaussée», hurle à quelques pas de là l'un de ses collègues. Il y a un mois, près de 300 véhicules traversaient quotidiennement la frontière syro-libanaise ; depuis fin juin, seuls une dizaine de privilégiés passent chaque j




