Gaza envoyé spécial
Abdallah Abou Dahrouj contemple, les yeux vides, la colonie de Netzarim. Aux limites de sa ferme se dresse un haut rempart de sable, coiffé de barbelés. Derrière ce périmètre défensif, le vieux fellah devine plus qu'il ne voit les préparatifs de retrait israélien. Les soldats de Tsahal ont commencé à démanteler les casemates en béton, des chars ont remplacé les postes de combat. La brise de mer charrie des bribes d'une radio en hébreu. Dans l'interstice des meurtrières se découpe la silhouette d'une sentinelle. Défi ou habitude, Abdallah n'y prête plus attention. «A mon âge, vous verrez, vous ne craindrez que Dieu !» Sec, ridé, mains et menton posés sur le pommeau de sa canne, le chef du clan Abou Dahrjou observe les événements avec le recul de ses 72 ans et le scepticisme du témoin chevronné.
Loin de la liesse. «Pourquoi devrais-je me réjouir ? Que de souffrance depuis cinq ans ! Nos fils tués, nos maisons détruites, nos arbres arrachés ! Et qu'avons-nous gagné ? Rien ! Notre vie reste entre les mains des Israéliens. Nous sommes totalement encerclés et nous ne pouvons pas leur faire confiance. Ils sont les plus forts. Au moindre incident, on recevra leurs bombes. A la première décision palestinienne qui ne leur plaira pas, ils fermeront les frontières. Et où vendrons-nous nos produits ? Qui pourra alors travailler pour nourrir sa famille ?» Ses fils et petits-fils opinent. Dans les villages de Gaza, on est loin de la liesse des états-majors politiques de l




