Le Caire de notre correspondante
L'opposition de gauche et le mouvement contestataire Kifaya («ça suffit !») n'ont pas eu besoin de sortir les calculettes. Pour eux, la reconduction à la tête de l'Egypte de Hosni Moubarak, élu à 88,6 % lors de la première présidentielle multipartite du pays, avec un taux de participation de 23 %, est tout bonnement irrecevable. «Illégitime !» Ce cri de guerre a réuni plus de 2 000 manifestants samedi, après l'annonce des résultats du scrutin. «Seuls 19 % des Egyptiens ont en fait voté Moubarak ! Ça lui enlève toute légitimité», explique un manifestant. Une indignation partagée par le libéral Ayman Nour, arrivé deuxième de l'élection et qui, en participant à cette manifestation, cherche désormais à se poser en rassembleur des opposants à Moubarak. Mais la réélection du raïs laisse cette opposition de plus en plus divisée et désemparée, certains reconnaissant un léger mieux démocratique, tout en craignant qu'il ne soit sans lendemain.
En bravant depuis l'hiver dernier la loi d'urgence, en manifestant et en s'en prenant à la personne même du Président, le mouvement Kifaya a certes fait tomber des tabous. «Kifaya avait deux mots d'ordre : non à la réélection, non à l'héritage du pouvoir. Pour le premier, c'est fini», souligne le journaliste Tarek Mounir, membre du Collectif des journalistes pour le changement. Le deuxième combat de Kifaya devrait donc désormais se porter sur la personne de Gamal Moubarak, le fils du Président et véritable maître d




