Par ses révélations et ses silences, le rapport du juge Mehlis sur l'assassinat de l'ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri s'apparente à une arme de guerre. En impliquant directement la Syrie et au plus haut niveau, il est destiné à provoquer un électrochoc et à briser la loi du silence à Damas. Mais cette machine judiciaire, une fois lancée, pose à terme la question de la survie du régime baasiste. Le rapport d'enquête ne se contente pas d'incriminer ses agents ou ses affidés au Liban. Il met en cause nommément, dans une version restée confidentielle, Maher el-Assad et Assef Chawkat, respectivement frère et beau-frère du président syrien, Bachar el-Assad. «Maher el-Assad, Assef Chawkat... ainsi que plusieurs hauts responsables syriens et libanais ont pris la décision d'assassiner Rafic Hariri», lit-on dans la copie non expurgée du rapport que la délégation britannique à l'ONU s'est empressée de transmettre à une agence de presse.
Noyau très soudé. En effaçant leur nom du texte final, tout en faisant en sorte que les accusations qui pèsent sur eux soient connues de tous, les enquêteurs onusiens cherchent-ils à déstabiliser un peu plus le pouvoir syrien ? Difficile de ne pas y voir une stratégie. «Quand le bateau coule, les gens parlent plus volontiers», reconnaît un diplomate. En ciblant ces deux hommes, le juge Mehlis frappe au coeur du système. Sous l'égide de Bachar, héritier improbable du trône de son père, la Syrie est devenue une «dictature sans dictateur». Les




