Bangkok de notre correspondant
Assis en tailleur sur du carton à même le bitume, des hommes en tunique de coton bleu, pieds nus, mâchent des fruits, en écoutant impassiblement les clameurs des discours qui émanent d'une tribune proche. Pour ces membres de l'armée du dhamma (1), les troupes d'élite de la secte bouddhiste Santi Asoke, ce n'est qu'une veille de bataille de plus. «Cela fait huit jours que je dors ici», dit Lomboon, 28 ans, qui vient de la communauté Santi Asoke de Nakhon Pathom. Derrière lui, une centaine de tentes igloos sont installées sur la chaussée à quelques mètres du muret de la Maison du gouvernement, le siège du pouvoir thaïlandais. Des banderoles ornent l'enceinte («Ethique d'abord», «Thaksin dictateur», «Non-violence») ainsi que des caricatures du Premier ministre Thaksin Shinawatra sous les traits d'un Hitler à visage carré. Tout près, l'avenue Ratchadamnoen, la grande artère du centre historique de Bangkok, est envahie par 80 000 manifestants venus, comme tous les jours, réclamer la démission du Premier ministre dans une atmosphère de kermesse.
Vente détaxée. Quand les fantassins de l'armée du dhamma ont rejoint le mouvement anti-Thaksin à la fin février, ils ont apporté un élan décisif aux manifestants qui accusent Thaksin d'avoir enrichi sa famille au détriment de l'Etat. C'est la vente détaxée de son conglomérat de télécommunication Shin Corp à Temasek, la firme d'investissement de Singapour, qui a fait exploser un mécontentement qui couvait depuis




