Au soir du 25 février, plusieurs hauts responsables islamistes tunisiens se sont crus obligés de passer des coups de fil à leurs partenaires de la gauche démocratique pour les assurer que la libération de quelque 70 d'entre eux, dans le cadre d'une vaste amnistie surprise décrétée par le président Ben Ali, n'était le résultat d'aucun «pacte» secret. En deux ans, la plupart des cadres d'Ennahda, le principal parti islamiste tunisien, sont sortis des prisons où ils croupissaient depuis la grande répression du début des années 90. La plupart ont purgé la quasi-totalité de leur peine, à l'instar d'Ali al-Harith, 50 ans, ex-membre du bureau politique et du Majlis al-Choura d'Ennahda, et ex-porte-parole : il a passé quatorze ans sous les verrous dont plus de treize en isolement total. Depuis sa sortie, en novembre 2004, cet ingénieur doit pointer au commissariat de son quartier tous les matins. «La répression nous a traumatisés, explique-t-il. Nous, les islamistes, nous vivons dans la peur et au jour le jour. On peut retourner en prison à tout moment.»
Absence de libertés. Pourtant, jamais depuis quinze ans, les islamistes n'ont été aussi visibles en Tunisie. «C'est comme si Ennahda réexiste», concède Ali al-Harith. Le parti reste bien entendu interdit mais ses cadres sortent au grand jour. Ils s'affichent aux côtés de l'opposition démocratique et comptaient même un représentant parmi les huit grévistes de la faim du «18 octobre», Samir Dilou. Ce mouvement, destiné




