Bogota de notre correspondant
Johan Andrés Alfaro est mort à 11 ans d'avoir eu des parents pauvres. Atteint de la dengue, une fièvre tropicale, l'enfant du port colombien de Barranquilla a été trimbalé d'hôpital en hôpital pendant son agonie : sa mère n'avait pas suffisamment cotisé à son assurance maladie et il a été chaque fois refusé parce que sa couverture ne prévoyait pas de soins intensifs. «Les hôpitaux ne luttent plus pour sauver des vies mais pour leurs finances», a lancé sa mère peu après sa mort, le 28 février.
Son cas, vite médiatisé dans la ville de plus de 1 million d'habitants, n'était qu'un exemple de plus de ce que les Colombiens appellent désormais «la promenade de la mort» : l'errance en ambulance d'un centre de santé à un autre, jusqu'au décès, faute de soins... et de couverture maladie. Le portrait-robot de la victime est facile à établir : pauvre ou de classe moyenne, sans connaissance de ses droits. Ce fut le cas de Carmen Atehortúa, une sans-domicile fixe atteinte du sida, qu'un ambulancier de Cartagena a abandonnée devant un hôpital, las de faire le tour de la ville, en octobre 2001. L'histoire, l'une des premières connues, n'a filtré que grâce à un vidéaste amateur présent la nuit des faits. Aujourd'hui, plus de 65 cas de ces «promenades de la mort» font l'objet d'une enquête du gouvernement. «Mais les décès ignorés sont bien plus nombreux, on ne les apprend qu'accidentellement», assure Gonzalo Díaz, médecin et opposant déclaré à la législation sanita




