C'est un fait, les «Ossis» (Allemands de l'Est) et les «Wessis»(Allemands de l'Ouest) ne verront jamais le Mur de la même façon. Ils parlent la même langue mais n'ont pas eu la même socialisation. Passionnante, la question du conflit «Est-Ouest» occulte pourtant une autre réalité, tout aussi intéressante. A Berlin-Ouest, il n'y avait pas que des Allemands. Il y avait aussi beaucoup d'émigrés turcs, qui vivaient parfois plus près du Mur que les Berlinois aisés de Zehlendorf ou Dahlem. Car, de fait, le Mur longeait Kreuzberg et Wedding, les deux quartiers les plus turcs de la ville. Acteur et réalisateur d'origine turque, Tayfun Bademsoy, 47 ans, qui vit à Berlin depuis l'âge de 10 ans, raconte son rapport au Mur.
Avez-vous souffert de la présence du Mur, ou bien ne vous sentiez-vous pas concerné ?
Il m'a beaucoup dérangé. A chaque fois que je voulais sortir de Berlin-Ouest, je devais, comme tout le monde, passer les contrôles est-allemands. C'était très pénible. On se sentait complètement enfermé. En 1983, j'ai réussi à aller pour la première fois dans le Brandebourg [le Land de l'Est qui entoure Berlin, ndlr]. Les paysages sont magnifiques. Là, j'ai vraiment pris conscience du fait que nous étions enfermés. Pour les Allemands, c'était peut-être normal. Mais nous, les Turcs, étions habitués à aller d'un coup de volant au bord de la mer.
Le Mur était d'ailleurs plus présent pour les Turcs que pour certains Berlinois. A l'époque de la guerre froide, les A




