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L'île aux ils

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Le mont Athos, abrite une douzaine de monastères et 3 000 moines orthodoxes. De cette péninsule grecque plantée dans la mer Egée, toutes les femelles sont exclues: on n'y croise pas plus de femmes que de chèvres, de mules ou de juments.

ParJean-Baptiste HARANG
Athènes envoyé spécial
Publié le 26/08/2006 à 23h03

Il existe en Europe occidentale une frontière infranchissable à la moitié du ciel, la moitié de l'humanité. Elle ne sépare pas deux pays, au contraire, elle vient tailler dans le vif de l'un d'eux, amputer la Grèce d'une péninsule sacrée, le mont Athos, au nom de Dieu et au mépris des lois des hommes et des fem-mes, même s'il s'est toujours trouvé des hommes pour voler au secours des dieux qu'ils inventent et des lois qui les protègent.

Des trois presqu'îles qui tombent de Thrace dans le nord de la mer Egée, la plus à l'est, montagneuse, ombrée, sacrée, s'est soumise à la grâce de Dieu. Elle a décidé depuis que le monde est monde chrétien de se couper du reste du monde afin d'y rester entre hommes de Dieu, loin des femmes, et, depuis des siècles et des siècles, pas une femelle, ou si peu, n'a foulé le sol sacré. Les hommes de Dieu ont inventé pour elle une loi inexpugnable : l'avaton, la frontière qui sépare les hommes des femmes.

Il est vrai que Dieu n'a pas attendu Jean Monnet et l'Europe pour soustraire à la loi des hommes ce jardin privé de femmes. On dit que l'affaire remonte au temps où la mère de Dieu elle-même était encore de ce monde, et son fils Jésus déjà retourné ad patres, autant dire entre l'Ascension et le 15 août, ce qui nous fait un joli pont. Par un beau soir de tempête, la Vierge-Marie-mère-de-Dieu voyageait avec Jean, le disciple préféré de son fils, le plus beau, le plus jeune, l'évangéliste tardif et glabre. Ils s'en allaient rendre une

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