Peshawar envoyée spéciale
Des cris d'enfants et des pleurs de nourrissons résonnent dans le bâtiment. Une lourde porte de fer et un policier protègent l'entrée du centre de crise pour femmes de Peshawar, un lieu d'accueil géré par le gouvernement local pour les victimes de violences. Une autre porte, fermée à clé, permet d'accéder à l'étage où se trouvent les pensionnaires. Assises sur des lits de corde, Samia (1) et cinq autres femmes se partagent une chambre avec leurs enfants. Samia réfléchit quelques instants quand on lui demande son âge. «Je ne sais pas, peut-être 15 ou 20 ans ?» répond la jeune fille vêtue d'une simple tunique ocre et d'un voile assorti. Elle saisit son bébé de 2 mois qui hurle et l'allaite sans un sourire. «Je ne lui ai pas donné de nom», murmure-t-elle.
A cause de cet enfant, elle risque la prison. La jeune paysanne, le visage figé, raconte son histoire : «Je suis orpheline et je vivais chez mon oncle au village. Cette année, le mari de ma cousine a commencé à me harceler. Puis il m'a violée plusieurs fois. Toute la famille était au courant, mais elle n'a rien fait pour l'arrêter.» La jeune fille est tombée enceinte et un conseil de village (jirga) s'est réuni pour décider de son sort. Elle a alors expliqué à la jirga qu'elle avait été violée et a donné le nom du coupable. «Je leur ai dit la vérité, mais personne ne m'a écoutée», se lamente-t-elle. Le violeur a accusé un autre homme du crime. Ce dernier et Sami




