Tripoli envoyée spéciale
Ils n'ont rien oublié de ces longues années de brimades, d'affrontements et d'arrestations. De ces vingt-neuf ans (1976-2005) où la Syrie, imposant sa loi au Liban, tenait sous sa coupe Tripoli, la grande cité côtière du nord du pays. Assis dans un café du quartier pauvre de Tebbané, Faïsal, Saad et Mohammad cumulent vingt-quatre ans de prison dans les geôles de Damas. Le plus jeune, Faïsal, quatorze ans derrière les barreaux, y a laissé sa santé. «Les Syriens s'attaquaient systématiquement à nous car nous étions connus pour être des sunnites pratiquants, ce qui faisait peur au régime alaouite [du clan Assad, ndlr]. En 1986, 2 400 personnes ont été tuées ici. Quand nous étions capturés, nous étions torturés, traités comme des chiens, jamais je ne leur pardonnerai.»
Après l'assassinat de l'ex-Premier ministre Rafic Hariri, le 14 février 2005, tous trois sont descendus à Beyrouth pour exiger, avec la foule rassemblée sur la place des Martyrs, la fin de la tutelle et la vérité sur les commanditaires de l'attentat. Quatre mois plus tard, pour les premières élections législatives après le départ des troupes syriennes, ils ont donné leur voix à la liste des leaders de l'Intifada de l'indépendance.
Aujourd'hui, les habitants de Tebbané, à l'instar de la plupart des Tripolitains, soutiennent le gouvernement de Fouad Siniora, dont l'opposition a promis la chute. «Ce cabinet est issu d'élections démocratiques, nous ne laisserons personne le renve




