Bogotá de notre correspondant
Salvatore Mancuso a fait face à ses juges sans ciller. Le chef paramilitaire colombien d'extrême droite, qui doit terminer, cette semaine à Medellín, des aveux commencés le mois dernier, a reconnu sa responsabilité dans plus de 300 assassinats, débités sur un ton neutre en parcourant les fichiers de son ordinateur portable. Au fil de sa confession, l'élégant éleveur au visage poupin a ravivé les souvenirs macabres de la dernière décennie, qu'il a passée à la tête des milices antiguérillas des Autodéfenses unies de Colombie (AUC).
«J'en ai mal au ventre, mais il fallait que je vienne», commentait une victime à l'entrée du tribunal, lors de la première séance. Elle n'a pu revoir le corps de son frère, le 22 octobre 1997, qu'avec l'interdiction de pleurer, sous menace de mort ; les paramilitaires venaient de le tuer, avec 14 autres villageois du hameau d'El Aro, et ils ne voulaient pas de gémissements. Les hommes du «Mono» («blond») Mancuso, ainsi surnommé pour le teint relativement clair de ce fils d'immigré italien, venaient d'appliquer leur stratégie militaire : le massacre d'habitants des zones dominées par la guérilla d'extrême gauche. «Si ces bandits sont comme un poisson dans l'eau chez les paysans, il faut leur enlever l'eau», expliquait Carlos Castaño, longtemps mentor et ami de «Salvatore» lequel n'en organisera pas moins son assassinat.
Des paramilitaires tronçonneuse au poing
Les villages frappés par ces tueries, souvent ave




