Islamabad de notre correspondante
Sur une esplanade, près de la Cour suprême d'Islamabad, d'épais nuages de gaz lacrymogène dispersaient à grand-peine, vendredi après-midi, les manifestants armés de pierres. La capitale pakistanaise était pourtant bouclée par 10 000 soldats et militaires, et plusieurs dizaines d'arrestations avaient eu lieu la veille dans les milieux politiques.
Des centaines d'hommes étaient venus protester contre le limogeage, la semaine dernière, du président de la Cour suprême, Iftikhar Chaudhry, par le général-président Moucharraf. Accusé de «mauvaise conduite et d'abus de pouvoir», le plus haut représentant de la justice a refusé de quitter son poste. Il était vendredi entendu par un conseil de juges à la Cour suprême.
Devant le bâtiment, une foule d'opposants, avocats vêtus de noir en grève depuis une semaine et militants politiques de tous les partis, sont venus le soutenir. Un ancien ministre s'étranglait de colère : «Iftikhar Chaudhry a défié la dictature militaire, c'est cela qu'elle lui fait payer. Il a été le premier à réclamer des comptes sur les centaines de cas de disparitions. Mais surtout, il devenait gênant, en pleine année électorale, car la Cour suprême doit statuer sur la candidature de Moucharraf et sa double casquette de chef de l'armée et président.»
Le juge suprême renvoyé apparaît désormais comme un héros aux yeux de la population, bouleversée de voir cet homme respecté malmené par la police, qui l'a bousculé et traîn




