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Les oubliés de la Chine ancestrale

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Publié le 16/10/2007 à 0h48

Il y a deux ans, la route et la télévision sont arrivées en même temps à Shamen, dans les montagnes pelées du Gansu. Le village s'est retrouvé à une heure de bus du bourg le plus proche et, sur les écrans qui ont bientôt trôné dans la plupart des maisons, les paysans ont découvert des gratte-ciel, des gens en tenue de golf. Une autre Chine. «On n'était pas jaloux, on se disait que c'était bien qu'il existe autre chose, que notre destin avait été de naître ici, c'est tout, raconte l'instituteur Ma Laoshi. Mais tout le monde a eu envie de partir !» Dans les masures au sol de terre battue, au chaud sur les kang («lits collectifs») les nuits d'hiver à moins 30 degrés, chacun s'est mis à espérer. La «société harmonieuse» existait, ailleurs que sur les slogans du Parti peints sur les murs de brique jaune. Beaucoup étaient déjà partis faire les mingong («travailleurs migrants») dans les usines et les chantiers du sud, comme presque 150 millions d'autres paysans chinois. Ceux qui restaient ont eu envie de fuir, de s'arracher de la terre poussiéreuse qui n'a jamais donné que du maïs et des pommes de terre. Voleur de boeuf. De l'aveu même du gouvernement central en septembre, jamais la Chine communiste, quatrième puissance économique mondiale, n'a été aussi inégalitaire. Le pays compte 106 milliardaires en dollars et malgré les 11 points de croissance annuels, l'écart se creuse entre les 800 millions de paysans chinois et leurs compatriotes citadins. Ceux

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