Un signe de croix, comme un passeport pour la tombe. Roberto Saviano mime le geste et ose un rire franc et aigu. Il n’a pas oublié la scène. C’était en septembre. Il s’est présenté au tribunal de Naples pour assister au procès de meurtriers présumés de la Camorra, la mafia napolitaine. L’un deux s’est signé sur son passage. En silence, le message est passé. Comme la répétition d’une menace jamais démentie depuis la parution de son livre Gomorra (contraction de Gomorrhe et de Camorra), qui mêle étonnamment choses vues, rapports d’enquêtes et réflexions sur la contamination économique de la mafia en Europe. «Il y avait une certaine provocation, je l’admets.» Saviano n’était pas convoqué au procès. Le huis clos n’avait pas été requis. Il s’est engouffré dans la salle d’audience. Agitation dans le prétoire, émotion des familles et pataquès juridique. «Ma présence a été mentionnée dans le compte rendu de la justice. Du jamais-vu !» s’amuse Saviano un brin fanfaron. Les camorristes, eux, n’ont pas goûté la distraction. Tout comme ils ont détesté Gomorra, sa plume mature et ses passages hallucinants : l’homicide payé 2 500 euros, les corps suppliciés, les innocents sacrifiés, les enfants modelés par une violence inouïe. L’ex-étudiant en philosophie, aux doigts bagués et aux baskets épaisses, a passé des jours à sillonner en Vespa les routes de sa région, épiant la police depuis sa radio pirate. Saviano livre une vision terriblement pulsionnelle et sensorielle de la mafia napolitain
Portrait
Roberto Saviano, tête de liste
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Publié le 30/10/2007 à 1h10
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