Le lieu
C’est Casal di Principe, au nord de Naples, mon pays et la capitale de la Camorra. La ville où il y a la plus forte concentration de Mercedes au monde, le plus grand nombre d’homicides d’Europe, où l’on compte plus d’entreprises du bâtiment que d’habitants. Je n’y étais pas revenu depuis un an, depuis que je vis sous escorte, éloigné de ma terre [Roberto Saviano, menacé de mort par la Camorra depuis la publication de Gomorra en Italie en mai 2006, a été exfiltré de sa ville, lire Libération du 30 octobre, ndlr]. Quand j’y suis retourné le 23 septembre, la sécurité était impressionnante. Il y avait des policiers postés sur les toits. Une réunion publique [en présence du président de l’Assemblée nationale et de la commission antimafia]dans ces circonstances, c’est difficile à croire en Europe. Un petit groupe d’entrepreneurs s’est manifesté : «La mafia n’existe pas», ont-ils crié. La «Camorra» est un mot qu’ils ne supportent pas. Les clans de Casal di Principe bâtissent l’Emilie-Romagne, investissent en Roumanie, achètent des hôtels partout dans le monde et investissent dans le beurre, les buffles, les transports, etc. Ce jour-là, le père du clan des Casalesi, Nicola Schiavone, m’a traité de «clown» et de «bouffon». Il m’a dit : «Que fais-tu dans la vie à part dénigrer ta terre ?» Il s’est présenté comme un entrepreneur, fils d’entrepreneurs. Dans n’importe quelle démocratie, le fait qu’un vieux parrai




