De notre correspondant à Istanbul. Pour beaucoup de démocrates turcs, il pourrait s'agir d'un tournant dans la lutte contre les réseaux où se côtoient ultranationalistes et mafieux manipulés par certains secteurs des services secrets. Les Turcs appellent cela «l'Etat profond». Depuis deux jours le procureur de la République d'Istanbul poursuit les interrogatoires de 33 personnes - dont plusieurs militaires en retraite, des avocats, des journalistes et des maffiosi - accusées de préparer les assassinats de personnalités comme le prix Nobel de littérature 2006, Orhan Pamuk, les politiciens kurdes Leyla Zana et Ahmet Türk, ou le journaliste islamiste modéré Fehmi Koru. Arrêtées le 22 janvier dans plusieurs villes du pays, elles appartiendraient, selon l'accusation, à une organisation illégale paramilitaire d'extrême droite appelée Ergenekon, en référence au berceau du peuple turc en Asie centrale. Le Premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, issu du mouvement islamiste, a félicité les procureurs et les policiers et affirmé que «l'Etat luttait contre les bandes».
Le procureur de la République a demandé le black-out sur cette enquête commencée il y a un an avec l'arrestation, à Istanbul, d'un capitaine en retraite qui avait chez lui 27 grenades et autres armes appartenant à l'armée. Des avocats ultranationalistes, dont Kemal Kerinçsiz qui déposa de nombreuses plaintes contre des intellectuels pour «insulte à la patrie», font partie des suspects interrogés. L'organisat




